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Tag Archives: nutrition

  1. SNANC

    SNANC 2025-2030 : Une stratégie attendue, enfin publiée mais déjà contestée

    SNANC
    Crédit photo @agriculture.gouv.fr/SNANC-20252030

    SNANC 2025-2030 : Une stratégie attendue, enfin publiée mais déjà contestée


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    Préambule





    Le 11 février 2026, avec plus de deux ans de retard, le gouvernement a publié la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC) 2025-2030, cadre directeur de la politique alimentaire française, articulant pour la première fois santé publique, transition écologique et souveraineté alimentaire. 

    Pour les acteurs de l’agroalimentaire, de la grande distribution et de la restauration hors foyer, ce texte dessine un horizon réglementaire qu’il convient de ne pas sous-estimer.

    La SNANC dresse un bilan préoccupant : les maladies chroniques liées à l’alimentation sont responsables de 80 % des décès prématurés par maladies non transmissibles, 17% des adultes sont obèses, un tiers en surpoids.

    Sur le plan comportemental, 87 % des Français consomment insuffisamment de légumineuses, 72 % ont un apport non suffisant en fruits et légumes, et 63 % dépassent les seuils recommandés pour la charcuterie.

    À l’inverse, la consommation d’aliments transformés ne cesse de progresser, au détriment des produits qualifiés de bruts.

    Sur le plan environnemental, l’agriculture représente 20 % des émissions de GES nationales, les produits d’origine animale concentrant à eux seuls 61 % de l’empreinte carbone alimentaire des ménages.

    La FAO évalue les coûts cachés du système alimentaire français à 177,5 milliards d’euros, dont 134 milliards imputables aux seules pathologies chroniques.

    La SNANC s’articule autour de quatre axes et 85 actions, dont 14 qualifiées de « phares » à mettre en œuvre dès 2026.

    Plusieurs mesures méritent, selon nous, une attention particulière des acteurs des filières :

    • Sur la qualité de l’offre, des accords collectifs révisés fixeront des seuils maximaux en sel, sucres et graisses et des seuils minimaux en fibres pour les aliments les plus contributeurs, assortis d’une menace réglementaire en cas de non-atteinte.
    • Sur l’information consommateur, le Nutri-Score est encouragé et fera l’objet d’une expérimentation d’extension volontaire aux produits non pré-emballés et à la restauration hors foyer, avant une éventuelle généralisation. L’affichage environnemental volontaire sera déployé sur les produits alimentaires après une phase de concertation, et l’Origin’Info est promu également.
    • Sur les consommations alimentaires, la SNANC vise augmentation de la consommation de fruits et légumes, de légumineuses, de fruits à coque et de céréales complètes ; une consommation suffisante et limitée de poisson et de produits laitiers et une limitation suivie annuellement de la consommation de viandes et de charcuteries, en particulier importées.
    • Sur la publicité alimentaire, l’exposition des enfants aux communications pour les produits trop gras, sucrés et salés doit être réduite via la Charte alimentaire 2025-2029, avec menace d’une mesure réglementaire si l’auto-régulation s’avère insuffisante.
    • Sur les aliments ultra-transformés (AUT), la SNANC suit les recommandations de l’Anses, dont un avis récent a été publié avant la parution du texte. Elle mandate l’Anses pour poursuivre l’expertise sur l’association entre AUT et santé et ses mécanismes explicatifs, et pour aboutir à une définition opérationnelle des AUT.

     

    La publication a été discrète : communiqué sobre sans conférence de presse. Ce paradoxe politique résume bien le texte : ambitieux dans ses diagnostics, prudent dans ses contraintes.

    Les réactions d’anciens ministres convergent sur un même angle mort : les aliments ultra-transformés.

    Agnès Pannier-Runacher (ancienne ministre de la Transition écologique) salue les avancées sur la végétalisation et le Nutri-Score, mais dénonce un « refus d’obstacle » sur les AUT et annonce poursuivre le combat au Parlement.

    Yannick Neuder (ancien ministre de la Santé) juge le texte « très peu ambitieux » sur ce sujet, qui représente 35 % des apports caloriques des Français, et annonce une proposition de loi pour rendre le Nutri-Score obligatoire et restreindre la publicité ciblant les enfants.

    Enfin, les associations (France Assos Santé, Réseau Action Climat) et Pr Hercberg dénoncent plutôt un triple renoncement : AUT, marketing, consommation de viande, et s’inquiètent d’ambitions sans moyens budgétaires ou contraintes réglementaires à la hauteur.

     

    La SNANC reste un texte d’orientations : les potentielles mesures effectives seront fixées dans les prochains PNNS 5 et PNA 4, dont la publication est attendue dans les prochains mois. La SNANC faisant office de cadre stratégique, on peut donc espérer un PNNS 5 avec des éclairages plus précis.

    Pour les entreprises agroalimentaires, les distributeurs et les opérateurs de restauration hors foyer, quatre chantiers sont à veiller :

    • la reformulation des produits pour anticiper les seuils nutritionnels,
    • les travaux sur une définition opérationnelle des AUT,
    • l’appui accordé sur les scores : Nutri-Score, l’Origin’Info et l’affichage environnemental,
    • et les pratiques marketing ciblant les enfants.

    C’est l’attente majeure : sans cette déclinaison opérationnelle engagée, la SNANC restera un texte de bonnes intentions.

    Pour que ce cadre stratégique se traduise en résultats concrets, un engagement politique soutenu sera nécessaire pour aboutir, dans un calendrier ambitieux et transparent, à des règlements ou des accords collectifs pour améliorer notre système alimentaire.

    Le cas du Nutri-Score est éclairant : resté volontaire depuis 2017, son déploiement a été lent et inégal selon les catégories de produits et les enseignes. Les entreprises ayant choisi de l’afficher tôt ont néanmoins pu en faire un levier de valorisation réel, en anticipant les attentes des consommateurs et des distributeurs.

    La SNANC tire elle-même les leçons de cette expérience en prévoyant, sur plusieurs sujets, une bascule réglementaire si les objectifs ne sont pas atteints. Cette logique de menace réglementaire paraît de nature à donner de la lisibilité aux acteurs et à encourager les investissements dans la bonne direction.

    C’est précisément là que réside l’opportunité pour les entreprises engagées. Celles qui anticipent dès aujourd’hui les orientations de la SNANC (reformulation, transparence des approvisionnements, réduction du degré de transformation, alignement avec les repères nutritionnels) ou qui vont déjà au-delà de ses exigences actuelles, se positionnent comme des acteurs précurseurs d’un système alimentaire qui doit muter.

    C’est un avantage compétitif tangible en termes d’image de marque, de relation de confiance avec les consommateurs, et de crédibilité dans le dialogue avec les pouvoirs publics.

    Pour autant, la SNANC ne bouleverse pas radicalement le paysage. Elle constitue davantage l’amorçe, encore réversible, d’un début de changement de paradigme. Les constats dressés par les précédents PNNS étaient déjà clairs ; cette stratégie se positionne comme un entre-deux ténu, entre continuité et futures régulations potentiellement plus coercitives.

    L’État laisse encore aux entreprises la possibilité de démontrer que leurs engagements volontaires peuvent réellement améliorer la santé publique, mais la fenêtre est étroite : les demi-mesures et actions cosmétiques ne suffiront plus. Les prochaines années seront décisives, et c’est aux entreprises de prouver qu’elles peuvent être contributrices de solutions avant qu’un cadre plus strict ne s’impose.

    Notre rôle chez Nutrikeo et ProteinesXTC est précisément d’accompagner les acteurs de l’agroalimentaire pour transformer cette exigence en avantage stratégique : structurer des démarches ambitieuses, crédibles et impactantes, capables de démontrer leur contribution à la santé publique.

    Aujourd’hui, agir n’est plus seulement souhaitable : c’est un impératif pour préserver sa capacité à se différencier demain.


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